Un plan gratuit n’est pas un prix. C’est une décision commerciale, et elle se révoque.
Le 4 septembre 2026, Airtable est passé sous le contrôle de Bending Spoons, qui revendique « plus de 500 000 organisations » utilisatrices (Bending Spoons, 4 septembre 2026). Le même acheteur détenait déjà Evernote, dont l’offre gratuite est passée à 50 notes et un seul carnet en décembre 2023 (Evernote, 30 novembre 2023).
Ça ne dit pas ce qu’Airtable deviendra. Ça dit sur quoi vous construisez.
Cette page suppose que vous savez déjà pourquoi vous voulez sortir du tableur. Si ce n’est pas tranché, commencez par ce qu’est un logiciel de base de données : un outil se choisit après, jamais avant.
Ici, on regarde ce que chaque plan gratuit tient vraiment, combien de temps il tient dans une PME de vingt à deux cents personnes, et ce que coûte celui qui n’a aucun plafond. Les limites de plan citées ici ont été relevées le 18 septembre 2026 sur les pages officielles des éditeurs, pas dans un comparatif recopié.
Que reste-t-il de gratuit quand vous êtes vingt à vous en servir ?
Cinq éditeurs et mille lignes, dans le cas le plus cité. Le plan gratuit d’Airtable s’arrête à 1 000 enregistrements par base, 5 collaborateurs en écriture, 1 Go de pièces jointes et deux semaines d’historique (Airtable, Plans overview, consulté le 18/09/2026). Notion compte en blocs et coupe plus tôt encore : 1 000 blocs par espace dès que vous êtes deux (Notion, Understanding block usage, consulté le 18/09/2026).
Un plan gratuit n’est pas dimensionné pour une équipe. Il est dimensionné pour une démonstration.
| Outil | Ce que tient le plan gratuit hébergé | Éditeurs | Données en UE | Auto-hébergement |
|---|---|---|---|---|
| Airtable | 1 000 enregistrements par base, 1 Go, 2 semaines d’historique | 5 | non | non |
| Notion | 1 000 blocs par espace à partir de deux membres | — | non | non |
| Baserow | 3 000 lignes par espace, 2 Go | non plafonné | oui, Amsterdam | oui, sans limite |
| NocoDB | 1 000 enregistrements, 1 Go, 1 000 appels d’API par mois | 3 | en auto-hébergé | oui, sans limite |
| Grist | 5 000 enregistrements par document, 1 Go par document | 10 | en auto-hébergé | oui |
| SeaTable | 10 000 lignes, 2 Go | 25 | oui, Allemagne | oui, jusqu’à 3 utilisateurs |
| Teable | 1 000 lignes, 1 Go | — | en auto-hébergé | oui |
Deux colonnes tranchent, et la seconde n’est pas celle qu’on regarde d’abord. Le nombre de lignes classe les outils entre eux ; le nombre d’éditeurs les classe par rapport à votre entreprise.
Combien de temps tient un plan gratuit dans une PME de cinquante personnes ?
Un trimestre, le plus souvent, et le plafond qui tombe en premier n’est pas celui qu’on surveille. Une PME de cinquante personnes qui émet quarante factures par mois écrit 480 lignes par an pour sa seule facturation : de quoi tenir deux ans sous les 1 000 enregistrements d’une base Airtable, si elle n’y mettait que ça.
Elle n’y met jamais que ça.
Le nombre de bases, lui, n’est pas plafonné : rien n’empêche d’en ouvrir dix pour rester sous le millier à chaque fois. Sauf qu’une relation ne traverse pas deux bases, et relier les tables entre elles est précisément ce que vous étiez venu chercher.
Ajoutez les clients, les contacts, les produits, les devis et leurs lignes, l’historique des échanges — la modélisation relationnelle multiplie les tables, c’est même sa raison d’être — et le millier tombe dans le premier trimestre.
Le plafond d’éditeurs, lui, tombe avant la première ligne. Cinq éditeurs dans une entreprise de cinquante, c’est une personne sur dix qui a le droit d’écrire. Les quarante-cinq autres envoient leurs mises à jour par message à celles qui peuvent.
Vous n’avez pas remplacé le fichier qui circule. Vous l’avez gardé, avec une base de données derrière.
Passer à l’échelle a un prix affiché, et vous gagnez à l’écrire avant de commencer. Vingt éditeurs sur le plan Team d’Airtable, à 20 $ par utilisateur et par mois en facturation annuelle, vous coûtent 4 800 $ par an (Airtable, tarifs, consulté le 18/09/2026). Baserow demande 10 $ par utilisateur et par mois, Grist 10 $, SeaTable 7 €. Le rapport de un à trois entre ces outils ne se voit pas tant qu’on reste en gratuit.
Le gratuit peut-il disparaître du jour au lendemain ?
Oui, et il ne prévient pas longtemps à l’avance. Evernote a annoncé le 30 novembre 2023 une limite de 50 notes et un carnet, appliquée le 4 décembre : quatre jours. Les comptes au-delà de la limite ont gardé la lecture, la modification et l’export, mais plus la création.
C’est le scénario à écrire avant de bâtir, pas après.
Trois questions suffisent à le rendre supportable, et elles se posent le premier jour :
- Qu’est-ce qui sort ? Un export CSV par table n’est pas une sauvegarde : il perd les liens entre tables, qui sont précisément ce que vous étiez venu chercher.
- Qui possède le compte ? Une base ouverte sur l’adresse personnelle d’un alternant part avec lui.
- Combien coûte la même base ailleurs ? Le chiffre se calcule en dix minutes, et il change la discussion le jour où l’éditeur annonce un nouveau tarif.
Le sujet dépasse le gratuit : c’est la mécanique du vendor locking dans les outils no-code, et elle se traite au moment du choix.
L’open source auto-hébergé est-il vraiment gratuit ?
La licence l’est. Le service, non. Baserow est publié sous licence MIT. Son éditeur écrit noir sur blanc que la version auto-hébergée n’aura jamais de limite de lignes, de stockage ou d’appels d’API, et qu’elle restera illimitée et gratuite (Baserow, FAQ, consulté le 18/09/2026). NocoDB annonce la même chose pour son édition communautaire, sièges compris.
Aucune ligne à payer, donc. Reste la facture qui n’est pas sur la page de tarifs.
Un serveur, d’abord : une dizaine d’euros par mois suffisent à démarrer, quelques dizaines dès que la base porte vos factures. Puis une personne qui applique les mises à jour de sécurité, vérifie que la sauvegarde s’écrit, et l’a déjà restaurée une fois pour de vrai.
Une sauvegarde jamais restaurée n’est pas une sauvegarde. C’est une intention.
Rien de tout ça n’est un argument contre l’auto-hébergement, qui tient très bien à grande échelle. L’État français exploite une instance de Grist dans La Suite numérique, et, selon la fiche produit de l’État, « plusieurs dizaines d’instances auto-hébergées » tournent dans l’administration et dans des collectivités de toutes tailles (beta.gouv.fr, consulté le 18/09/2026).
C’est un argument contre l’auto-hébergement par défaut. Si personne chez vous ne peut répondre à « qui restaure la base lundi matin », le gratuit n’est pas gratuit : il est reporté, et il se paiera le jour de la panne.
Chez Bienfait, on pose cette question avant de parler d’outil, et on héberge nous-mêmes quand la réponse est « personne ». C’est la première décision d’un chantier de centralisation des données, avant le choix de l’outil.
Où vivent vos données, et qui peut les demander ?
Aux États-Unis pour les deux outils les plus installés, dans l’Union pour ceux qui en ont fait un argument. SeaTable annonce un traitement exclusivement dans des centres de données allemands, Baserow un stockage à Amsterdam. Airtable et Notion sont américains, et s’appuient donc sur la décision d’adéquation Data Privacy Framework.
Ce n’est pas un débat de juristes. Le 10 juin 2025, devant la commission d’enquête du Sénat sur la commande publique, Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, a été interrogé sous serment. Pouvait-il garantir que les données de citoyens français ne seraient jamais transmises sur injonction du gouvernement américain ?
« Non, je ne peux pas le garantir, mais, encore une fois, cela ne s’est encore jamais produit » (Sénat, compte rendu de la commission d’enquête, 10 juin 2025).
Le cadre qui autorise ces transferts est-il solide ?
Il tient, et il a bougé en 2026.
Le 29 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis a jugé, à six voix contre trois, que le président peut révoquer sans motif les commissaires de la Federal Trade Commission, autorité sur laquelle repose une partie du contrôle promis à l’Europe (activeMind.legal, 2 juillet 2026). Le Comité européen de la protection des données a écrit à la Commission au sujet de cet arrêt le 31 juillet 2026 (EDPB).
Les transferts restent légaux aujourd’hui. Ce qui s’est fragilisé, c’est ce sur quoi vous vous engagez quand vous signez.
La sanction, elle, n’est pas réservée aux grands groupes. Sur le premier semestre 2026, la CNIL a prononcé 23 sanctions en procédure simplifiée pour 133 750 € au total, dont 19 nées d’une plainte, visant restaurateurs, transporteurs, avocats et médecins (CNIL, 6 juillet 2026).
Si un client vous impose déjà l’hébergement en Europe, le plan gratuit américain n’est pas un compromis : c’est une clause non tenue. Le sujet complet tient dans notre article sur le no-code souverain.
Lequel prendre, selon ce que vous avez déjà ?
Celui qui règle votre contrainte la plus dure, pas celui qui a la plus longue liste de fonctions. Les sept outils du tableau se départagent sur quatre critères seulement : le nombre de personnes qui doivent écrire, le volume, l’endroit où vivent les données, et ce qui existe déjà chez vous.
| Votre situation | Ce qu’on prend | Ce qui le décide |
|---|---|---|
| Moins de cinq personnes qui écrivent, un seul sujet | Airtable gratuit | l’interface et les modèles font gagner une semaine |
| Vingt personnes qui doivent toutes saisir | SeaTable (25 utilisateurs) ou Baserow auto-hébergé | le plafond d’éditeurs, pas le volume |
| Une clause d’hébergement européen dans vos contrats | SeaTable, Baserow, ou auto-hébergé | la localisation, écrite noir sur blanc |
| Une base PostgreSQL ou MySQL qui existe déjà | NocoDB | il se pose devant la base, sans la recopier |
| Des calculs que votre tableur fait déjà bien | Grist | formules en colonnes et Python, logique de tableur |
| Un portail client, des droits fins, plus de 100 000 lignes | aucun des sept | vous cherchez un outil métier, pas une base |
Le détail outil par outil, avec ce que chacun fait mieux que les autres, vit dans notre comparatif des alternatives open source à Airtable. Et si votre sujet est la relation client, la question se pose autrement : une base de données CRM se modélise avant de se choisir.
Et si un tableur bien tenu suffisait encore ?
Ça arrive, et c’est plus fréquent qu’on ne le dit à quelqu’un venu chercher un outil. Dans l’Union européenne, 41 % des entreprises de 10 à 49 salariés utilisent un ERP, 25 % un CRM et 11 % un outil décisionnel (Eurostat, E-business integration, données de référence 2025). La majorité tient donc encore sur autre chose, et elle tourne.
Trois conditions, et il faut les trois : une seule personne écrit, personne d’autre n’attend un chiffre pour décider, et aucune donnée n’est saisie deux fois.
Si les trois tiennent, gardez votre fichier.
Le gain d’une base ne vient pas de la base. Il vient de la ressaisie qu’elle supprime et du chiffre qu’elle rend disponible sans que quelqu’un le recompile le vendredi. En dessous de ce seuil, migrer coûte une semaine et ne rend rien.
Le jour où l’une des trois conditions lâche, le sujet n’est plus l’outil gratuit : c’est la structure de vos données, et elle se pose avec un tableur comme avec une base. Un outil gratuit mal modélisé produit les mêmes doublons qu’un tableur, en moins visible.
En bref
Le gratuit existe vraiment. Mais il est dimensionné pour cinq personnes, pas pour cinquante.
Les plans hébergés s’arrêtent entre 1 000 et 10 000 lignes, et souvent à cinq éditeurs : c’est ce second plafond qui vous rattrape en premier. L’auto-hébergé n’a aucune limite de lignes, et une facture qui ne figure pas sur la page de tarifs : un serveur, des mises à jour, une restauration qu’on a déjà testée.
Chez Bienfait, on regarde d’abord combien de personnes doivent écrire, puis où vivent les données, et on le dit franchement quand un tableur bien tenu fait encore l’affaire.
Reste la question que le gratuit ne pose jamais : si votre base était parfaite demain matin, qui s’en servirait pour décider quoi ?
Les sources
- Airtable, Airtable plans overview — limites par plan du service hébergé. Consulté le 2026-09-18. Documentation
- Airtable, Pricing — tarifs Team et Business par utilisateur. Consulté le 2026-09-18. Page tarifs
- Bending Spoons, Bending Spoons completes the acquisition of Airtable, 4 septembre 2026 — opération annoncée le 4 août 2026, plus de 500 000 organisations utilisatrices revendiquées. Consulté le 2026-09-18. Communiqué
- Evernote, Update: Evernote Free accounts will have fifty notes and one notebook, 30 novembre 2023 — limite appliquée le 4 décembre 2023. Consulté le 2026-09-18. Annonce
- Notion, Understanding block usage — limite de 1 000 blocs dès qu’un espace compte deux membres. Consulté le 2026-09-18. Centre d’aide
- Baserow, FAQ — licence MIT, version auto-hébergée sans limite, données stockées à Amsterdam. Consulté le 2026-09-18. FAQ
- NocoDB, Pricing — plan gratuit à 1 000 enregistrements et 3 sièges d’édition, édition communautaire auto-hébergée sans limite. Consulté le 2026-09-18. Page tarifs
- Grist, Pricing — plan gratuit à 5 000 enregistrements par document et 10 membres, édition communautaire auto-hébergeable. Consulté le 2026-09-18. Page tarifs
- SeaTable, Prices — plan gratuit à 10 000 lignes et 25 utilisateurs, traitement en centres de données allemands. Consulté le 2026-09-18. Page tarifs
- Teable, Pricing — plan gratuit à 1 000 lignes et 1 Go de pièces jointes. Consulté le 2026-09-18. Page tarifs
- DINUM, Grist sur beta.gouv.fr — instance de l’État et plusieurs dizaines d’instances auto-hébergées dans l’administration. Consulté le 2026-09-18. Fiche produit
- Sénat, commission d’enquête sur la commande publique, compte rendu de l’audition du 10 juin 2025 — audition sous serment d’Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, interrogé par le rapporteur Dany Wattebled. Consulté le 2026-09-18. Compte rendu
- CNIL, 23 nouvelles sanctions simplifiées, 6 juillet 2026 — 133 750 € cumulés, 19 des 23 procédures nées d’une plainte, plafond de 20 000 € par sanction. Consulté le 2026-09-18. Publication
- Comité européen de la protection des données, Letter to the European Commission on US Supreme Court judgment, 31 juillet 2026. Consulté le 2026-09-18. Correspondance
- Eurostat, E-business integration — enquête communautaire sur l’usage des TIC, entreprises de 10 personnes et plus, année de référence 2025, jeu de données isoc_eb_iip. Consulté le 2026-09-18. Statistics Explained
- activeMind.legal, EU-U.S. Data Privacy Framework at risk following U.S. Supreme Court ruling, 2 juillet 2026 — arrêt Trump v. Slaughter du 29 juin 2026, six voix contre trois. Consulté le 2026-09-18. Analyse
Trois conditions, et il les faut toutes les trois : une seule personne écrit, personne d'autre n'attend un chiffre pour décider, et aucune donnée n'est saisie deux fois. Si elles tiennent, gardez votre fichier. Le gain d'une base ne vient pas de la base : il vient de la ressaisie supprimée et du chiffre disponible sans recompilation du vendredi. En dessous de ce seuil, migrer coûte une semaine et ne rend rien.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur logiciel de base de données gratuit en 2026 ?
Aucun ne gagne dans l'absolu, parce que le plafond qui vous bloque dépend de votre équipe. SeaTable ouvre 25 utilisateurs et 10 000 lignes, Grist 10 membres et 5 000 enregistrements par document, Airtable 5 éditeurs et 1 000 enregistrements. Comptez d'abord combien de personnes doivent écrire.
Combien de lignes tient le plan gratuit d'Airtable ?
1 000 enregistrements par base, avec 5 collaborateurs en écriture, 1 Go de pièces jointes et deux semaines d'historique de révisions (Airtable, plans overview, septembre 2026). Le plan Team monte à 50 000 enregistrements pour 20 $ par utilisateur et par mois en facturation annuelle.
Un logiciel de base de données gratuit est-il conforme au RGPD ?
La conformité ne tient pas à l'outil mais à l'endroit où vivent les données et à ce que vos contrats promettent. SeaTable traite en Allemagne, Baserow stocke à Amsterdam, Airtable et Notion aux États-Unis sous le Data Privacy Framework — un cadre valide, mais fragilisé par l'arrêt de la Cour suprême américaine du 29 juin 2026.
L'open source auto-hébergé est-il vraiment gratuit ?
La licence l'est, le service non. Baserow et NocoDB s'installent sans aucune limite de lignes ni de sièges. Restent un serveur, à partir d'une dizaine d'euros par mois, et une personne qui applique les mises à jour, vérifie les sauvegardes et a déjà restauré une fois pour de vrai.
Que se passe-t-il si l'éditeur change les règles de son plan gratuit ?
Vous avez quelques jours. Evernote a annoncé le 30 novembre 2023 une limite de 50 notes et un carnet, appliquée le 4 décembre. Airtable est passé sous le contrôle du même propriétaire, Bending Spoons, le 4 septembre 2026. Vérifiez dès le premier jour ce que vous savez exporter, liens entre tables compris.
Faut-il quitter son tableur pour une base de données gratuite ?
Pas tant qu'une seule personne écrit, que personne n'attend un chiffre pour décider et qu'aucune donnée n'est saisie deux fois. Dès que l'une des trois conditions lâche, le sujet n'est plus l'outil mais la modélisation : une base mal structurée produit les mêmes doublons qu'un tableur, en moins visible.