Steven Spazuk ou l’art de jouer avec le feu

Il dessine depuis toujours. Il ignore d’où lui vient ce goût de créer, cette passion à faire de nouvelles images. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il en a besoin, qu’elle est nécessaire à son équilibre et à son bonheur.

Steven Spazuk, crédit: Oly Bernardi

« J’ai comme pas le choix de faire ça. Je suis trop heureux quand je fais ça. J’aime voir apparaître des trucs devant moi. » (1)

C’est par l’entremise d’amis communs et d’heureuses coïncidences que j’ai rencontré, il y a une quinzaine d’années, l’artiste visuel Steven Spazuk, un homme inspirant, allumé et d’une gentillesse exquise.

À cette période, il souhaite consacrer plus temps à son art de prédilection, la peinture, et prendre ses distances du monde de la publicité où il œuvre depuis quelques années (concepteur et directeur artistique, cofondateur de l’agence Tam-Tam, fondateur de Tarzan Communication).

En 2001, Steven a une puissante révélation. Une étincelle, qui deviendra coup de foudre, transforme sa démarche artistique et lui offre une nouvelle voie. Peintre conventionnel travaillant alors avec la peinture acrylique et le collage, il découvre, dans un rêve lucide, la technique du fumage, un procédé unique qui permet de peindre avec le feu.

Steven Spazuk, crédit: Oly Bernardi

Tel un pinceau, l’artiste fait danser la flamme d’une bougie ou d’une torche sur la surface de ses tableaux. De cette combustion naît un résidu avec lequel il crée ses œuvres. La suie qui se dépose en délicates volutes sur le blanc immaculé du canevas est ensuite sculptée à la plume, à l’Exacto, au stylet, au grattoir pour façonner les formes et la lumière, obtenir densité, légèreté et mouvement.

Debout, assis ou même couché, Steven s’exécute en maniant le flambeau avec maîtrise et grâce. On ne peut qu’être fasciné et admiratif devant tant de talent. Infatigable, il explore, développe, expérimente pour perfectionner son art.

Steven Spazuk, crédit: Oly Bernardi

C’est dans son atelier à Léry, en bordure du lac Saint-Louis, que prend forme l’imaginaire de ce créatif sensible, engagé et passionné. Des animaux menacés d’extinction côtoient des oiseaux perchés sur des grenades, des papillons et même un Donald Trump et un Kim Jong-un, goupilles entre les dents.

Percutant, son corpus d’œuvres reflète ses préoccupations environnementales, ses questionnements face aux comportements humains, ses points de vue sur le monde en y amenant matière à réflexion. Utiliser l’art pour lier l’humain à la nature et faire saisir l’urgence d’agir est au cœur de son approche éco-artistique.

 

Oiseau sur grenade, crédit Steven Spazuk

« Je m’exprime sur la fragilité des espèces qui partagent notre espace vital, dit-il, et qui subissent les conséquences de nos actes en utilisant le noir de carbone, ce produit à la source même de beaucoup de nos problèmes. » (2)

Majoritairement en noir et blanc, ses toiles épurées s’habillent, à l’occasion, de couleurs, se parent de dorures, se couvrent de feuilles d’or. De toute beauté. D’ailleurs, sa grande envie du moment est d’intégrer des fleurs à ses futurs projets. Les chrysanthèmes et les roses l’inspirent tout particulièrement. « C’est ma période « flower power » », dit-il.

 

On saute dans le printemps, crédit photo Steven Spazuk

Parmi les créations originales de Steven, on compte plusieurs portraits aux histoires touchantes. Je pense, entre autres, à celui de sa mère dans ses jeunes années. Chacune des fleurs du foulard qu’elle porte a été découpée dans des magazines, une activité à laquelle elle s’adonne dans ses moments d’obsession et de gestes répétitifs.

Portrait de la mère de Steven Spazuk, crédit Steven Spazuk

« C’est un travail collectif avec ma mère, dit-il. J’essaie de prendre une petite folie et d’en faire une beauté. »(3)

Mais le portrait qui m’impressionne le plus est celui de son amoureuse peint alors qu’elle était en rémission d’un cancer. Les pinceaux utilisés pour cette toile ont été confectionnés à partir de cheveux perdus à la suite des traitements de chimiothérapie. Comment ne pas être ému par un si grand geste d’amour ?

Danielle, crédit Steven Spazuk

Malgré la renommée internationale apportée par ses nombreuses expositions et performances aux quatre coins de la planète, Steven garde les deux pieds sur terre. Il tient plus que tout à préserver sa liberté de créateur, à faire les choses à sa manière.

« Je veux être indépendant, je veux rester indépendant. Malgré l’attention que j’ai à l’international – tant mieux – je ne veux pas faire ce qu’on me demande de faire, mais faire ce que j’ai envie de faire. Ce qu’on veut d’un artiste, c’est qu’il soit authentique. »  (4)

Pingouins, crédit Steven Spazuk

Au cours des prochains mois, plusieurs projets emballants l’attendent : la rédaction d’un livre, une prestation en Italie et la préparation d’une exposition à Boston à l’automne. Il participe aussi au Projet Hirondelles avec des élèves de l’école primaire des Trois Sources à Châteauguay et Héritage Saint-Bernard, un organisme dédié à la conservation des habitats fauniques et floristiques de l’île Saint-Bernard. Ses yeux pétillent d’enthousiasme quand il en parle.

Deuxième production de la série RÉVÉRENCE après l’inspirant Projet Monarque consacré au célèbre papillon, cette nouvelle initiative veut sensibiliser la communauté au déclin de l’hirondelle avec la création d’une grande œuvre collective qui la met en vedette.

Peindre, encore et toujours, jusqu’à la fin, garder la flamme, c’est l’objectif de vie que s’est fixé Steven Spazuk.

« Je me suis programmé pour vivre jusqu’à 100 ans, au moins », dit-il en riant.

Voilà une bonne nouvelle qui permettra d’apprécier encore longtemps le travail de cet artiste exceptionnel et si attachant.

Sylvie Dugas

Sources : (1) (3) (4) La Fabrique culturelle, (2) extrait de Minuit moins une : A solo exhibition by Spazuk, Galerie Station 16.

 

Pour en savoir plus sur Steven Spazuk, la technique du fumage et son œuvre :

Site web : https://www.spazuk.com

Page FB : https://www.facebook.com/steven.spazuk

Instagram : https://www.instagram.com/steven_spazuk/

Vidéo Spazuk fire painter de Patrick Peris : https://vimeo.com/107263462

Vidéo Révérence , le Projet Monarque : http://spazukdelhaes.com/fr/reverence.php