Monsillage, les effluves passionnés d’Isabelle

Il y a de ces sujets qui collent bien à l’air du temps, tout particulièrement à ses odeurs. En cette matinée ensoleillée de mai, les branches des arbres oscillent sous un vent léger, diffusant des effluves délicieux de lilas, de muguet et de gazon fraîchement coupé.

crédit : Isabelle Michaud

 

Beau hasard, cette route odorante me conduit jusqu’au studio d’Isabelle Michaud, parfumeuse et créatrice de la maison Monsillage, avec qui j’ai rendez-vous. Après l’avoir perdue de vue pendant quelques années, je la retrouve avec enthousiasme dans son nouvel univers. Un voyage aromatique fascinant auquel elle me convie avec générosité.

La passion d’Isabelle pour les odeurs remonte à son enfance, sans doute en raison de sa nature sensible et intuitive. Déjà, à 8 ans, elle va dans les parfumeries chercher des échantillons, achète des cadeaux parfumés du catalogue Avon, s’intéresse aux jolis flacons et aux beaux emballages.

L’idée de s’orienter vers la parfumerie ne lui effleure pas l’esprit, car elle ne connaît pas ce métier rare, peu pratiqué, qui ne s’enseigne pas au Canada. Et pourtant, son parcours de vie peu banal la ramène aux parfums.

 

crédit : Isabelle Michaud

 

Globe-trotteuse dans l’âme, Isabelle se laisse tenter par l’aventure des voyages et la coopération internationale. En parallèle, elle complète une formation en criminologie, mais bifurque vers la traduction. Après un stage au FMI à Washington et une maîtrise en poche, elle s’installe à Toronto où elle oeuvre dans le domaine pendant sept ans.

 

Malgré tout ce bagage riche en expériences diverses, Isabelle est toujours en quête de quelque chose. Un manque se fait sentir. Une formation en fabrication de savons fait vibrer une corde sensible en elle et la reconnecte avec son rêve de jeunesse.

 

C’est le changement de cap, le virage à 180 degrés. À 35 ans, elle choisit de suivre son instinct pour construire sa nouvelle vie. Elle vend son condo, prend toutes ses économies et part un an en France pour apprendre le métier de parfumeuse à l’Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire à Versailles.

 

À son retour à Montréal, Isabelle travaille sur son plan d’affaires pour démarrer son entreprise. En 2009, elle lance sa bannière avec la création de trois parfums. C’est la naissance de Monsillage.

 

crédit : Isabelle Michaud

 

De la patience et de la détermination, Isabelle doit en avoir une bonne dose pour traverser des débuts difficiles. La parfumerie est un secteur qui exige des investissements importants pour les matières premières et l’équipement. Confiante, elle s’accroche en prenant des petits boulots peu rémunérateurs, le temps que son entreprise prenne son envol.

Cinq ans plus tard, le succès arrive enfin. En 2015, son Eau de céleri, aux notes vertes et craquantes, se distingue avec un prix prestigieux aux Art and Olfaction Awards de Los Angeles dans la catégorie artisans. Ce concours récompense les parfumeurs de niche de partout dans le monde, des artisans indépendants qui pratiquent une parfumerie plus expérimentale et personnelle.

 

crédit : Isabelle Michaud

 

Cette reconnaissance lui offre une vitrine exceptionnelle et fait doubler son chiffre d’affaires. Monsillage l’occupe maintenant à temps plein pour sa plus grande fierté. Et les honneurs continuent. En avril dernier, Isabelle remporte un autre prix aux Art and Olfaction Awards de Londres pour Pays Dogon, une création à l’image de ses souvenirs d’Afrique.  « Ce sont des choses qui changent une vie parce que tu as une certaine reconnaissance. Tu ne sais pas où tu te situes avant ça », explique-t-elle.

 

Isabelle lors des Art and Olfaction Awards de Londres

 

Toujours à la recherche de l’odeur parfaite, c’est dans son microlaboratoire qu’Isabelle Michaud manie huiles essentielles et molécules de synthèse, une goutte à la fois, pour les transformer en portraits olfactifs inspirés de sa vie et de ses voyages. Raconter une histoire, évoquer des émotions, c’est le moteur de son élan créatif, le fil conducteur de sa marque.

Composer un parfum, trouver sa formule finale, demande beaucoup de temps. Derrière chaque flacon, qui peut contenir jusqu’à une trentaine d’ingrédients, il y a des mois de travail, d’essais et d’erreurs, de réflexions, de doutes aussi.

« Je sors environ un parfum par année. C’est un travail de moine, d’ermite, c’est très solitaire. C’est long créer un parfum, dit-elle. Tu y penses un peu tous les jours, tu y reviens, tu mets ça de côté. Tu sens quelque chose, ça évoque autre chose. »

 

crédit : Isabelle Michaud

 

La parfumerie n’étant pas une science exacte, tout le savoir-faire du parfumeur réside dans l’art d’interpréter et de recréer une odeur à partir d’autres notes. Il faut avoir des idées, de la curiosité, le désir d’explorer, de voir des associations nouvelles. On dépasse, et de loin, le simple mélange d’effluves.

 

À ce jour, Isabelle Michaud a créé sept parfums, dont deux sur mesure pour les marques Harricana et Wazo. Pour chacun d’eux, elle a une affection particulière.  « Je les aime comme s’ils étaient mes enfants », dit-elle.

 

Chose certaine, cette créatrice hors norme n’a pas fini de faire parler d’elle. D’autant plus que les parfums artisanaux ont la cote et suivent une tendance en plein essor. De son sillage jusqu’au vôtre, il y a peut-être un Monsillage juste pour vous pour révéler votre essence, magnifier votre être et, surtout, y déposer un petit nuage parfumé aux effluves d’ici.

 

Sylvie Dugas

 

Site web Monsillage : monsillage.com

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