Marc Montplaisir, 52 ans, photographe

Il fait de la photographie depuis près de 30 ans. Son fer de lance : le portrait.

Il a photographié Marc Labrèche, Louis-José Houde, Simon-Olivier Fecteau, Placido Domingo, Mathieu Chédid, David Suzuki, Macha Grenon, Macha Limonchik et tant d’autres. Au fil du temps, il s’est spécialisé dans les ambrotypes au collodion, une technique ancienne bien particulière.

Marc Montplaisir, crédit: Dominique Skoltz

Entrevue avec un gars passionné, talentueux et authentique.

Quel style adoptes-tu généralement dans tes photos?

Mes portraits se définissent par des regards intenses et soutenus directement à la caméra. J’aime penser que sur mes photos, on est d’abord captivé par le regard du sujet. Par la suite, l’oeil est amené à parcourir la composition graphique, chose à laquelle j’apporte beaucoup de soin par la disposition du corps, de l’environnement ou des accessoires. On dit de mes photos qu’elles sont très graphiques, comme des icônes religieuses.

Judith, crédit : Marc Montplaisir

Tu te spécialises dans les ambrotypes au collodion. Tu parles d’un nom! C’est quoi, au juste?

L’ambrotype est un procédé photo sur plaque de verre qui date du 19e siècle et qui s’exécute par le procédé du collodion humide.

Émilie Bibeau, ambrotype, crédit Marc Montplaisir

En gros, on applique sur une plaque de verre du collodion, un dérivé du coton qui contient de l’éther et de l’alcool. Quand on verse le collodion sur la plaque de verre, l’alcool et l’éther s’évaporent en quelques secondes. On obtient une surface comme gommeuse que l’on trempe immédiatement dans un bain d’argent. L’argent s’imbibe dans le collodion au bout de quelques minutes et on obtient une plaque sensible à la lumière qu’on met dans un châssis étanche. Et c’est cette plaque toujours humide qui sera exposée comme un film.

Richard Séguin, ambrotype, crédit : Marc Montplaisir

On fait la photo et on la développe en chambre noire. L’image se retrouve sur la plaque de verre en négatif. En la mettant devant une surface noire ou sombre, l’image apparaît comme par magie en positif.

Bertrand W Delacourt, ambrotype, crédit : Marc Montplaisir

Pourquoi as-tu décidé d’en faire l’une de tes techniques de prédilection?

Ce procédé me fascine et m’a tout de suite séduit parce qu’il donne une poésie spéciale aux images, pratiquement inimitable avec les moyens numériques modernes. Il a la particularité d’être très sensible au bleu et très peu sensible au jaune. Sur une vue extérieure, par exemple, les nuages se confondent avec le ciel pour faire une masse blanche ou gris pâle. Un citron, quant à lui, sortira aussi foncé qu’un avocat.

Cette interprétation chromatique particulière apporte aux grands formats une perspective fabuleuse. Les accidents de parcours lors de la manipulation du collodion ajoutent des traces organiques très intéressantes. J’ai signé plusieurs séries au collodion, notamment pour Elle Québec.

Jean-Philippe Wauthier, ambrotype, crédit : Marc Montplaisir

Comment prépares-tu tes séances photo?

Je compare souvent le photographe à un chef culinaire qui doit préparer sa mise en place avant l’ouverture du restaurant. La majorité du travail se fait en préproduction. Tout est pensé pour que la séance se déroule sans encombre, y compris prévoir les imprévus.

Séance pour Les Ballets Jazz de Montréal, avec Céline Cassone, Annabelle Lopez Ochoa, Louis Robitaille et Philippe Dubuc. Crédit: Éric Jean

Pour les portraits, j’effectue toujours une recherche de style pour illustrer ce que je veux faire. Je vais aussi passer un moment dans la salle de maquillage pour discuter avec le sujet et le mettre à l’aise. Ce n’est vraiment pas tout le monde qui est à l’aise devant une caméra. Une fois la prise de vue bien préparée et le sujet en confiance, on peut se lancer dans une prise de vue où le meilleur peut arriver.

En pleine séance photo avec Valérie Blais.

Un jour, tu m’as raconté une anecdote sur Kennedy…

Quand j’étais étudiant, le grand portraitiste Arnold Newman est venu faire une conférence à mon collège. Il avait raconté l’anecdote d’une séance photo faite avec le président Kennedy au début de son mandat.

Kennedy avait des douleurs au dos à cause d’une blessure de guerre. Souffrant, il n’était pas très expressif. Son agent de presse avait accordé à Newman seulement dix minutes pour réaliser son portrait pour le magazine Life. Ce qui laisse peu de temps pour aller chercher l’étincelle nécessaire à la réussite d’une belle photo. Rien à faire, Newman n’arrivait pas à obtenir l’expression qu’il voulait.

En désespoir de cause, quelques minutes avant la fin de la séance, Newman raconta à Kennedy une blague grivoise, espérant ainsi obtenir de Kennedy un sourire ou un rire. Kennedy fit un timide sourire et Newman obtint deux ou trois clichés.

Une fois la séance terminée, Kennedy repartit rapidement à ses occupations présidentielles. Newman rangea son équipement, penaud, pensant avoir offusqué le président avec sa blague. Il était peut-être allé trop loin. L’agent de presse vint le rejoindre et lui demanda s’il avait obtenu ce dont il avait besoin. Confus, le photographe demanda à l’agent de presse de l’excuser auprès du président qu’il croyait avoir offusqué avec sa blague déplacée. L’agent de presse lui répondit en riant : « Vous êtes fou, le président se promène dans la Maison-Blanche depuis vingt minutes en racontant votre blague à tout le monde! » Non seulement Newman avait réussi à charmer Kennedy, mais en plus il avait obtenu les clichés qu’il désirait.

André Sauvé, crédit : Marc Montplaisir

Qu’est-ce que cette anecdote t’a apprise?

Ce fut un des moments révélateurs qui changea ma manière de faire des portraits. Elle m’a fait comprendre que devant un appareil photo, tout le monde est vulnérable, peu importe son statut ou sa notoriété. Et chacun est accessible si on sait comment l’aborder, quitte à utiliser l’humour pour percer sa bulle.

Anne Dorval, crédit : Marc Montplaisir

Une personne qui t’inspire?

Il y en a plusieurs. S’il faut n’en nommer qu’une, je dirais Jimmy Hendrix. Son incroyable virtuosité est encore inégalée aujourd’hui. Pour moi, c’est un Mozart moderne de la guitare et une véritable bête de scène.

Peux-tu nous partager tes bonnes adresses?

Titanic, dans le Vieux-Montréal, qui fait des sandwichs succulents. titanicmontreal.com

La boulangerie Niemand de Kamouraska. Leur pain est fantastique. Quand j’y passe, je fais des provisions. boulangerieniemand.com

Patente et Machin, un bistro gastronomique dans le quartier Saint-Roch à Québec. facebook.com/Patente.et.Machin

La Roulotte du Coin, sur l’île d’Orléans, ma meilleure poutine à vie. facebook.com/LaRoulotteDuCOIN

La roulotte du coin, source : facebook.com/LaRoulotteDuCOIN

Pour en savoir plus sur le travail de Marc Montplaisir :

Site web : marcmontplaisir.com

Page Facebook : facebook.com/MarcMontplaisirphotographe/

Instagram : https://www.instagram.com/marcmontplaisir/

Contact : Agence Mom Industries, Mario Doucet, mario@momindustries.com, 514.866.3669 #2

Sophie Côté

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