Isabelle Rochette, 44 ans, distillatrice de production chez Cirka

J’admire les gens qui ont la capacité de faire table rase dans leur vie. Je trouve que ça prend une certaine humilité de reconnaître qu’on n’est plus vraiment heureux et pas mal de courage pour renverser la vapeur.

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C’est en réfléchissant à ça que j’ai eu envie de vous parler d’Isabelle Rochette, une fille très chouette pour qui j’ai beaucoup d’affection et avec qui j’ai eu la chance de travailler il y a quelques années.

Isabelle, c’est celle qu’on veut tous avoir comme amie, collègue, employée, confidente. Une personne vraie, investie, attentionnée et pleine d’empathie. C’est celle qui tend la main, qui prête l’épaule et qui donne sans jamais rien attendre en retour. C’est aussi celle qui amène régulièrement des petits plats maison à ses collègues de travail. Bref, vous voyez le genre.

Il reste que notre Isabelle a eu un début de quarantaine plutôt ardu. D’abord, son chum l’a laissée après 17 ans de mariage. Un coup de massue qu’elle n’a pas vu venir. Par la suite, le secteur pour lequel elle travaillait chez Ubisoft a subi des changements importants qui l’ont professionnellement et personnellement ébranlée. Des gens qu’elle aimait beaucoup sont partis. Son petit monde volait en éclats. Pour couronner le tout, on lui diagnostiquait un cancer de la peau qui, heureusement, a été traité à temps. Mettons que ça fait une année chargée.

Un jour, Isabelle s’est confiée à moi : « Je dois reconnaître que je ne suis plus heureuse et que plus rien ne me motive. Après tous ces coups, j’ai besoin de prendre un moment pour penser à moi, juste à moi. Faire face à mes démons et faire le ménage dans ma tête. Il faut que je bouge! »

C’est ainsi qu’elle m’a annoncé qu’elle partait faire un roadtrip d’un an en moto au Canada et aux États-Unis.

  Meuh. Avec qui?
  Toute seule!
– T’as même pas de permis de moto.
– Pas grave, je vais le passer!
– T’as de l’argent ?
– Un peu. Je vais économiser ce qu’il me manque. J’ai besoin de 20 000 $, d’un sac de couchage, d’une tente, d’un réchaud, d’une gamelle.

Et d’une moto.

Rien n’arrêterait Isabelle. Déterminée et pas du genre à faire les choses sur un coup de tête, elle s’est mise à planifier son grand voyage. En commençant par réduire considérablement ses dépenses. Fini les restos, le vin, les nouveaux livres et les achats superflus. Elle s’est bâti un budget et un itinéraire. Elle a sous-loué son appartement, vendu ses meubles, pris des cours de moto (et obtenu son permis deux semaines avant son départ), acheté une moto et, finalement, donné sa démission avec un mois de préavis.

Sur la route d'Isabelle, à Death Valley CA.

Sur la route d’Isabelle, à Death Valley ,Californie.

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Son périple a duré onze mois. Elle a parcouru 52 768 kilomètres au Canada et aux États-Unis. Elle a dormi dans des motels, des auberges de jeunesse, des campings. A appris à réparer une moto, à se protéger du vent, de la pluie, de la neige et du froid. A aiguisé son instinct et développé une grande débrouillardise. Et a surmonté des périodes de doute : « Parfois, je me demandais vraiment ce que je faisais là, reconnaît Isabelle. J’ai eu des moments de grande solitude où je me sentais bien loin de ma famille et de mes amis. »

Ce voyage reste pour elle une aventure des plus enrichissantes. Épicurienne dans l’âme (elle a un diplôme en sommellerie), Isabelle s’était donné la mission de découvrir les produits du terroir des endroits où elle irait et elle fut comblée. Parce que chaque lieu a ses petites richesses culinaires qui, mine de rien, en disent long sur ses habitants, ses coutumes et ses histoires. Et qu’à chaque endroit, elle a croisé des gens incroyables, gentils et inspirants.

Autoportrait, route 66

Autoportrait, quelque part sur la route 66.

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Isabelle est revenue à Montréal un an plus tard, ressourcée, sereine et confiante. Après une période de réadaptation (passer d’une vie nomade à sédentaire n’est pas si simple), elle s’est mise à la recherche d’un nouveau travail.

À travers ses différentes démarches, elle a entendu parler de Cirka, une jeune distillerie montréalaise qui s’attelait à bâtir son équipe. Isabelle s’imaginait si bien travailler au sein d’une start-up avec des gens passionnés. Elle n’avait pas d’expérience dans le domaine, mais a quand même réussi à rencontrer les propriétaires et à passer une journée d’essai avec eux à la distillerie. À l’issue de cette journée, Isabelle est embauchée. « Ils avaient besoin d’un apprenti. Ils ont senti que j’étais sérieuse, déterminée, que j’étais capable d’apprendre, de penser « outside the box » et de me débrouiller dans toutes sortes de situations. »

Aujourd’hui, un peu plus d’un an après son retour, Isabelle ne voudrait pas être ailleurs. Son métier de distillatrice de production la stimule et l’épanouit. Elle assiste le maître distillateur, gère l’inventaire, les horaires, les formations et veille au bon déroulement des opérations. Et chose précieuse : elle apprend chaque jour.

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Quand elle parle de son travail, Isabelle pétille : « J’adore ce que je fais! Je suis une bibitte curieuse qui aime apprendre et qui aime partager ses passions. Le simple fait de fabriquer quelque chose de concret que les gens pourront apprécier est pour moi une immense source de plaisir. En plus, je suis entourée de gens aussi passionnés et fous que moi qui me poussent à me dépasser. Que demander de plus? »

Son défi maintenant : maintenir son équilibre. « Quand on travaille dans une petite entreprise en démarrage, c’est facile de tout donner et de se perdre dans la frénésie du moment. On ne veut pas décevoir et on veut se donner à fond. Mais comme me dit souvent JoAnne, la copropriétaire, c’est un marathon et non un sprint. Mon défi sera de respecter mes limites tout en sachant que j’ai donné mon maximum. »

Une chose est sûre : Isabelle semble avoir trouvé sa voie, et c’est bien mérité!

Quant à Cirka, qui a déjà deux excellents produits à son actif (vodka et dry gin), mon petit doigt me dit qu’on n’a pas fini d’en entendre parler.

Sophie Côté

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Les adresses coups de coeur d’Isabelle :

Café Esquina, rue Papineau, pour leur excellent café et leurs pâtisseries exquises. 

Chez Victoire, rue Mont-Royal, pour leur menu et leur superbe carte de vins.

LOV, dans le Vieux-Montréal. Un resto végétalien absolument décadent avec une belle carte de vins et de cocktails à se rouler par terre.

Ysst, un pub urbain de la Petite-Patrie qui brasse ses bières avec le maître brasseur de la brasserie artisanale La Succursale. Bonne atmosphère, bonnes bières, belle carte de vins canadiens, superbe salade au confit de canard.

Chez Régine, rue Beaubien. Les déjeuners sont exquis, le personnel attentionné et les portions généreuses!